Jude aimait les sensations fortes. Certains soirs elle ressentait le besoin impérieux d’un voyage intime. Alors elle mettait en place le rituel qui la guiderait vers des contrées fabuleuses avec la promesse d’une balade exaltante au pays des sens. 

Elle se préparait avec soin. Elle lissait ses longs cheveux, mettait du mascara sur ses grands yeux étonnés et disposait une touche de blush sur ses lèvres. 

Elle enfilait une combinaison noire qui mettait en valeur son corps élancé, puis chaussait ses escarpins. La psyché lui renvoyait l’image d’une beauté un peu froide qu’elle assumait. Venait le moment qu’elle affectionnait le plus, celui de la « final touch ». Elle ôtait le cabochon d’un parfum qui attendait sur la coiffeuse. Sa fragrance mettait en éveil ses sens et le voyage pouvait commencer. 

 

Déjà les gouttes tombaient entre ses deux seins. Elle s’asseyait, fermait les yeux, renversait un peu la tête comme si elle offrait son cou aux baisers d’un inconnu. Soudain la musique de ses sens se mettait inexorablement en place. Elle s’accompagnait de l’odeur des bougies éteintes après un dîner trop arrosé. Leurs fumées se mêlaient aux volutes avortées de cigarette écrasées à la hâte. Elle imaginait au bout du couloir sombre la lueur d’une lampe qui l’appelait. Le lin d’une chemise effleurait son bras. Elle s’emparait de son odeur, si masculine. 

Ces émanations étaient douces mais entêtantes. Elle avait envie d’en faire une spirale dont elle aurait été le centre. Son cœur palpitait et réveillait les papillons de son ventre. 

Son corps se balançait doucement d’avant en arrière au son d’accords subtils animés par son désir. Elle entendait des notes cristallines qui la faisaient vibrer. La mélodie l’enveloppait de ses notes noires. Elle songea que ces accords surgissaient des entrailles de la terre. Elle écoutait cette pluie de sons qui pénétrait sa chair et cherchait le flux de son sang. Elle se sentait désorientée. Elle n’avait plus conscience de ce qui l’entourait. 

 

Elle se laissait aller ainsi plusieurs minutes jusqu’à ce que la musique intérieure se taise. Puis elle ouvrait les yeux en regardant la fiole. Le parfum se nommait « scandale ». 

 

Maud Goanvic 

Biographe